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Techniques et industrie

Le Petit Train

ancienne gareDe 1902 à 1947, la commune est traversée par le "Petit Train", reliant Vannes à Locminé (1h30 de voyage). Suite à la convention entre le département et la Compagnie des Chemins de Fer d'intérêt local du Morbihan (1878) et au vote de la loi d'intérêt public du 9 novembre 1889, le premier réseau comprenant La Roche-Bernard / Vannes / Locminé est dessiné.
 

Entre la gare de Vannes et celle du Camp de Meucon, deux stations avéennes : celle de l'hôpital de Lesvellec (toujours visible) et celle de Tréhonte. L'arrêt à cette dernière était facultatif, mais était fort opportun les jours de pardon à Saint-Michel.

L'Aqueduc

Dès le XVIIème siècle, les eaux des fonds de Meucon sont réputées les plus saines et abondantes pour alimenter la ville de Vannes et déjà une canalisation relie les deux sites.

Au début du XXè siècle, un nouveau captage aux mêmes fins dans les villages de Coulac et Ty-Glas en Grand-Champ, nécessite la construction d'un aqueduc jusqu'à Vannes. Celui-ci compte deux passages sur arcades (de 61,50 m chacun) particulièrement pittoresques sur la commune de Saint-Avé (village de La Grée). 

L'exploitation des carrières

Carriere de LiscuitPlusieurs sites d'extraction ont existé à Saint-Avé : à Coëtdigo à la fin du 15ème siècle, à Beausoleil au début du 20 ème siècle et de 1860 à 1956, de l'argile est extraite pour les besoins de la Briqueterie près de Mangorvennec.

La carrière de Liscuit (ci-contre), à ciel ouvert, a ouvert en 1950 et a commencée à être percée à l'explosif dès 1958. Elle s'étend sur 39 hectares pour une profondeur de 80 m.

En 1919, François Cadic raconte dans ses « Contes et Légendes de Bretagne » la légende d'Avé. Ce personnage miraculeux du Pays de Vannes, aimé de tous, était de petite taille et de chétive constitution. Cela ne l'a cependant pas empêché de travailler dans une carrière que l'on a appelée ensuite «Menglérien Sant Avienn» (les carrières de Saint-Avé).

Cette légende, intitulée « Où naquirent les Korrigans », raconte comment Avé se venge de mauvais garnements qui se moquent de sa petite taille. Ces derniers et leurs descendants sont condamnés à garder leur taille d'enfants ; ce sont eux les poulpiquets ou korrigans, ces nains qui dansent au clair de lune autour des menhirs et des dolmens.

Reconversion de la carrière de Liscuit
Valoriser le patrimoine naturel et historique


Dans le cadre de la reconversion de la carrière de Liscuit en réserve d’eau, la commune de Saint-Avé s’est engagée dans la définition d’un projet d’aménagement permettant d’ouvrir ce site au public.

Ouvrir le site au public
La Ville de Saint-Avé souhaite que la reconversion du site de la carrière de Liscuit en réserve d’eau sécuritaire puisse s’accompagner de l’aménagement d’un espace naturel ouvert au public, permettant de valoriser le patrimoine naturel et historique du site.

La préprogrammation récemment arrêtée prévoit la valorisation du patrimoine naturel, notamment de la faune et de la flore, à travers un ensemble d’aménagements ludiques et récréatifs : sentiers pédagogiques (panneaux d’information, observatoire ornithologique…), parcours sportifs, et la valorisation du patrimoine historique avec des aménagements spécifiques (parcours d’interprétation, panneaux d’informations…).

Créer une réserve d’eau sécuritaire
La Ville de Saint-Avé souhaite transformer la carrière en réserve sécuritaire d’eau potable. La capacité de la réserve est estimée à 4 millions de m3. Il faudra 15 ans pour la remplir. Le remplissage se fera de façon naturelle (remontée des eaux) et éventuellement par un délestage de l’eau des rivières du Lihanteu et du Liziec. L’eau de la carrière sera ensuite pompée et acheminée vers l’usine de traitement d’eau potable de Trégat à Theix. Cette réserve sécuritaire d’eau potable permettra ainsi de bénéficier d’eau, pendant l’été, en période de restriction.

La SECA, Société d’Exploitation de la CArrière, est chargée de la remise en état du site d’ici fin 2010. Elle doit se faire en fonction de l’usage que la Ville souhaite faire de la carrière par la suite.

Vers une renaissance de la Briqueterie

A l’hiver 1993, Hervé Drouet mettait à bas un hangar de séchage devenu superflu, voire dangereux, de l’ancienne briqueterie familiale. A l’hiver 2001, la même personne proposant la restauration du four du même site obtient un très honorable accessit (7ème) au concours « Sauvez un Trésor près de chez vous ».Ce revirement, c’est l’histoire de la prise de conscience collective de la famille Drouet, de l’association d’histoire locale et des habitants de Saint-Avé pour la sauvegarde d’un patrimoine industriel. Les friches de cette ancienne briqueterie, active des années 1860 à 1956, se découvrent aujourd’hui dans un vaste parc boisé, des vestiges qui traduisent l’évolution d’une activité au carrefour de l’artisanat et de l’industrie.
 
L’aventure commence en 1860, avec l’acquisition par le maître-plâtrier de Vannes, Jules Gohaud d’une parcelle de terrain argilifère aux proches environs du village de Mangorvennec en Saint-Avé. Au fil des générations et des besoins, la briqueterie s’étend peu à peu sur cinq hectares et combine bientôt les fonctions de production et d’habitation. Jules Gohaud, ses enfants, Emma-Caroline (1863-1915) et Jules-César-Alexandre (1870-1927), son petit fils Victor (1904-1969), tous entrepreneurs, habitent ainsi tour à tour la splendide maison de maître, véritable catalogue chatoyant (briques vernissées jaunes et blanches, frises…) des  produits proposés par l’entreprise et travaillent sur place entourés d’un nombre plus ou moins important d’ouvriers ou membres de la famille.

L’avisé Jules-César avait tôt fait d’observer que les villes en expansion, à l’image de Vannes dans la deuxième moitié du XIXème siècle (arrivée du chemin de fer en 1862), étaient de grandes consommatrices d’un matériau nouvellement remis à la mode, notamment par son heureuse harmonie avec le fer : la brique. En l’absence d’entreprises locales aussi importantes que celles de Langueux (22) ou Landerneau (29), toutes deux dotées d’un four tunnel de type Hoffmann, le marché est occupé par une nébuleuse de petites fabriques disséminées dans les campagnes avoisinantes (Larmor-Baden, Séné, une autre au nom de Letteux à Saint-Avé, Kerbiquette, Calmont…). Gares, halles, écoles et autres bâtiments publics, tous font appel à la brique. A Vannes, Gohaud fournit les entrepreneurs de la halle aux grains (1863), de l’école normale (1892), de l’hospice (1892), de la halle aux poissons (1898), du marché couvert (1912), des bains-douches (1923) …

La briqueterie de MangorvennecLa première guerre mondiale n’enraye pas cette mode et comme un marqueur social, la brique identifie bientôt les habitations bon marché des années 1920. Les encadrements de fenêtres, occuli, chaînages, souches en briques font nombre. Cet âge d’or dans l’Ouest ne survit toutefois pas à la période de constructions massives des années 1950, le béton prend définitivement le dessus et précipite le déclin de nombreuses entreprises. La briqueterie de Saint-Avé, déjà fortement affaiblie par le passage dévastateur d’un ouragan en mai 1948, et incapable d’investir dans d’onéreuses machines, cesse ses activités en 1956.

Après un « soubresaut » d’intérêt dans les années 1970, faite rare, la brique est devenue coûteuse et par la même, matériau pour riches constructions. Ce ne sont donc que de modestes parements guère dispendieux et imitant médiocrement la brique, qui, ironiquement, ornent désormais les ouvertures des maisons modernes de Mangorvennec…
A Saint-Avé, les Gohaud produisent essentiellement de la brique, pleine d’abord, puis parallèlement, progrès oblige, creuse, mais également dans une moindre mesure de la poterie, des éléments d’ornementation architecturale (feuilles d’acanthe, têtes de lion…). Le paysage actuel de la briqueterie est celui d’une nature reprenant ses droits à l’emplacement de la « cicatrice ». Au milieu des châtaigniers, au détour d’un étang, se dévoilent les traces du « chantier » et des différentes étapes de fabrication.

Faire une brique se divise en six étapes : l’extraction de la terre, sa préparation, le moulage, le séchage, le pressage et enfin la cuisson.

En hiver, l’argile est « arrachée » à l’aide de pelles et pioches, puis déposée dans un des wagonnets qui traversent le site. Une argilière épuisée, les ouvriers passent à la suivante au gré des acquisitions de terrains, marquant profondément le territoire de leur passage. Inondées, elles sont aujourd’hui le territoire des poissons, canards, et libellules, des saules et nénuphars.

La deuxième étape consiste à épurer la terre en y enlevant notamment les morceaux de silex et en la passant au concasseur. La matière obtenue est alors laissée quelques jours à « pourrir ».

Le moulage, ensuite, diffère selon le produit désiré. La brique pleine ou « billot », la plus ancienne, est obtenue en tassant de la terre dans un moule en bois de la forme voulue. L’accroissement de la production de la fin du XIXème siècle provoque une standardisation de la taille du produit L ; 22 cm., h. 11 cm., pf. 5,5 cm. Un ouvrier exercé produit ainsi jusqu’à trois cents unités journalières. Trois à quatre jours plus tard, les briques sont démoulées et mises à sécher sous un hangar convenablement ventilé, celui-là même tombé en 1993. Le pressage termine l’opération en déposant l’estampille de la maison. Cette marque dans la brique suscite l’engouement du brickostampaphile qu’est devenu Hervé Drouet. Quant aux briques creuses, dites aussi « plâtrières », elles sont le témoin de l’introduction de la machine dans le procédé de fabrication, de l’industrialisation de la profession. G. Lacroix, en introduction de son catalogue de 1900, annonce d’ailleurs clairement « qu’il n’y a d’ailleurs plus aujourd’hui à combattre les préjugés proscrivant l’usage des machines pour la fabrication des produits céramiques. S’il reste encore quelques briquetiers qui continuent à façonner main, c’est plutôt par routine que par économie ». A l’image de la révolutionnaire étireuse de Schlickeysen (vers 1860), la machine de Saint-Avé malaxe l’argile et la pousse vers la « filière ». Elle en sort sous forme d’un boudin de section rectangulaire qu’il suffit juste de découper à intervalles réguliers. Les diminutions de la main d’œuvre et de matière utilisée génèrent des gains de productivité évidents.

Vient ensuite le moment de la cuisson. Si au temps de la plus forte production, un four d’appoint avait été édifié, seul reste son aîné, bien plus grand. Ce four jumeau aux voûtes en berceau et objet des attentions actuelles, permet de mars à novembre, d’un côté, la cuisson de 12000 briques creuses ou 8000 pleines et de l’autre des différentes poteries. De la disposition des briques dans le four à leur enlèvement, une quinzaine de jours, sept à huit cordes de bois de Trédion, beaucoup de charbon de Cardiff et autant de sueur, sont nécessaires. A la fermeture du four par d’autres briques, une petite ouverture est ménagée pour permettre au seul oeil averti la surveillance de la cuisson, d’une durée elle-même d’un jour et deux nuits. Comme une contre enseigne, les murs de clôture du site sont élevés à partir des « ratés de cuisson », (briques collées entre elles). Pour les briques émaillées jaunes, blanches, vertes ou bleues, une deuxième cuisson plus délicate est nécessaire.

Le produit terminé et stocké, l’entrepreneur est encore chargé de sa diffusion, aussi trouve-t-on aux hasards des pages de journaux jaunis une publicité vantant les mérites de la brique Gohaud.

En abandonnant la production en 1956, Victor Gohaud laisse des outils, des machines, un site, qui ne sont pas encore devenus patrimoine. Il faut attendre la découverte du site au milieu des années 1990 par Claudie Herbaut, animatrice du patrimoine de la ville de Vannes pour réveiller une mémoire et catalyser des énergies autour d’un même objectif, la renaissance de l’endroit. L’idée est alors reprise à son compte par l’association d’histoire locale de Saint-Avé, qui organise l’ouverture du site aux journées du Patrimoine et à diverses autres occasions. Le public découvre un nouveau type de patrimoine et la famille Drouet (descendants Gohaud) sa mémoire. L’état inquiétant du four trop longtemps laissé à l’abandon précipite la solidarité pour une cause nouvellement acquise. Les événements se multiplient à son chevet, lectures publiques à l’intérieur, concerts à l’extérieur, concours de peinture, et le présentent tous sous un jour nouveau. Point d’orgue de cette attention, l’organisation en juin dernier de la première « Fête de la briqueterie », à l’occasion du lancement de la carte postale de soutien. L’après-midi ensoleillée rassemble conteuses dans les bois (pour des histoires de monstres chtoniens évidemment), de nombreux musiciens pour un fest-deiz, un potier, des guides en patrimoine naturel ou historique, une conférencière, une lectrice, et une voisine invitant les enfants à sacrifier la propreté de leurs habits du dimanche au bénéfice d’un champignon ou d’un bonhomme savamment modelé dans la terre… Le financement de la restauration du four n’est certes pas encore acquis mais si le nombre de sympathisants et leur détermination suivent leurs courbes exponentielles, les quelques cent mille francs requis devraient pouvoir être bientôt réunis.

Philip GUILLO (Novembre 2001)

Bibliographie sélective :
- Collectif, Le Patrimoine en brique, Monuments Historiques n° 185, 1993
- De l’argile à l’architecture. La Tuile et la Brique à travers les âges. Catalogue de l’exposition de La Maison du Potier – Le Fuilet
- Briand Valérie, La Briqueterie de Saint-Avé, DEA Histoire de l’art, Rennes 2, 1994
- Herbaut Claudie, André Bernard, Mémoire de l’industrie en Bretagne. Au delà des clichés, Apogée, 2001
- Drouet Hervé, Une Histoire de famille : La Briqueterie de Mengorvennec (1860-1956), Mélusine, bulletin de liaison de l’association d’histoire locale de Saint-Avé n° 2, Mai 2001, pp. 2-6